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Le Golfe au miroir de sa propre sécurité : reprendre le contrôle d’urgence

Detailed close-up image of a map focusing on Middle East and North Africa.

par Sébastien Boussois

Depuis le 28 février dernier, et peut-être au fond depuis qu’Israël à frappé le Qatar en septembre 2025, le Golfe est en pleine tourmente. Jusque maintenant, certains pays se sont retrouvés plongés dans la guerre, ont fait face à des renversements de régimes, mais jamais l’ensemble de la région ne s’est retrouvé dans une telle situation de déstabilisation, éprouvant les alliances des uns et des autres mais entérinant aussi une réalité que l’on a trop longtemps nié : les Etats-Unis, bien qu’ils aient annoncé déjà du temps d’Obama, un recul sur la scène internationale, sont revenus en force il y a sept mois sous la houlette de Donald Trump. L’objectif longtemps flou était probablement le renversement de la République islamique, mais le résultat après plusieurs mois de difficultés, le régime des Pasdarans pourrait même s’être renforcé. Les monarchies du Golfe ont du essuyer les foudres de Téhéran après le déclenchement de l’attaque conjointe israélo-américaine, et désormais peu de ces petits pays somme toute fragile sur le plan défensif ont compris que Washington n’aurait plus la capacité de les protéger pleinement. Des accords et des partenariats forts existent entre l’Arabie Saoudite, le Qatar, les Emirats arabes unis, Bahrein et le Koweït notamment mais si en échange le parapluie américain n’est plus opérationnel, à quoi bon continuer à espérer de Washington sa propre sécurité. A l’image de l’Union européenne, il est peut-être temps de larguer les amarres, à tout le moins de renforcer après des années de division la solidarité des pays du Golfe face à un Iran qui est là pour durer et avec qui il faudra concilier et discuter. 

L’Arabie Saoudite frappée en plein cœur

Jusque-là, c’était les pétromonarchies qui avaient été globalement frappées par des missiles et des drones iraniens majoritairement depuis le territoire iranien. Depuis le réveil des Houthis, dernière carte maîtresse des proxis que le régime de Téhéran comptait bien abattre pour encercler ses ennemis de l’est à l’ouest du Golfe, la prise du détroit de Bab el Mandeb en quelques jours a montré que la milice rebelle n’était pas déterminée à se laisser conter fleurette. Désormais, la première puissance régionale, alliée historique de Washington, essuie les tirs croisés des Houthis sur son propre territoire, jusqu’à l’aéroport de Riyad, principal hub du pays, frappé le 10 octobre dernier en plein cœur et faisant 12 morts dont un Américain. 

On franchit donc un nouveau palier de violence dans la région car pendant sept ans, entre 2014 et 2021, la coalition menée par Riyad et Abu Dhabi avait tenté de venir à bout des Houthis pour renforcer le gouvernement officiel yéménite. En vain. Après la mort de 400 000 personnes, la prise de Sanaa par les rebelles, la défection des Emirats arabes unis, l’Arabie Saoudite s’était retiré en catimini d’un théâtre des opérations impossible à remporter. Discrets les tout premiers mois de la guerre déclenchée par Trump en février dernier, les Houthis se sont réveillés brutalement pour venir en aide à leur parrain iranien. 

Aujourd’hui, les Houthis soutenus par Téhéran sont plus de 350 000, soit plus que l’armée conventionnelle saoudienne et un peu plus que la moitié de l’armée iranienne. Leurs équipements sont ultra sophistiqués, depuis des missiles balistiques jusqu’aux drones de dernière génération. Face à cette menace croissante, les Emirats arabes unis ont appelé récemment leurs partenaires du Golfe à renforcer la sécurité de la région par leurs propres moyens. 

Une sécurité qui doit revenir au Golfe pour le Golfe

Pendant plusieurs décennies, les monarchies du Golfe avaient bâti leur prospérité économique et leur sécurité sur un partenariat avec Washington. Mais les bouleversements régionaux, les attaques contre leurs territoires et les interrogations sur la fiabilité de la protection américaine les conduisent à reconsidérer totalement ce modèle depuis plusieurs mois. Les frappes qui ont eu lieu depuis février sur plusieurs bases américaines dans la région, sur la raffinerie de Ras Laffan au Qatar, qui nécessitera des années de réparation, le blocage du détroit d’Ormuz mettent en difficulté les économies locales, ont sorti les pétromonarchies de leur torpeur : il n’a d’indépendance et de puissance pleine qu’avec une pleine souveraineté sécuritaire. Longtemps convaincues qu’elles pourraient préserver leurs territoires des guerres environnantes, elles sont désormais directement exposées. Cela veut clairement dire que la prospérité économique de Riyad, de Dubaï, d’Abou Dhabi et de Doha dépend d’une sécurité qui ne peut plus être tenue pour acquise.

Au fond, c’est un secret de Polichinelle : la sécurité du Golfe est indivisible.  Récemment, Anwar Gargash, conseiller diplomatique du président des Émirats arabes unis, déclarait le 12 octobre 2026 sur X. Il appelait ainsi à revitaliser la coopération du Golfe, notamment en matière de défense, et soulignait que toute attaque contre l’Arabie saoudite menaçait fatalement également la sécurité des Émirats et des autres monarchies. 

Remettre en selle l’intégration et la coopération régionale

Il faut rebattre les cartes face à l’insuffisance de la coopération militaire régionale, agir collégialement, et relancer le Conseil de coopération du Golfe (CCG) qui doit dépasser son rôle diplomatique et économique pour devenir un véritable instrument plus opérationnel de sécurité collective. C’était d’ailleurs son but initial et c’est une formidable occasion de booster à nouveau un des organismes régionaux les mieux intégrés du système international. Il est temps probablement de faire front tous ensemble au nom de la survie du Golfe. La relation avec Washington demeure essentielle pour les membres du CCG, mais les États du Golfe ne peuvent désormais plus supposer que leur sécurité serait toujours la priorité des autres. Et face aux déclarations changeantes de Trump, entre menaces de frappes et perspectives de négociation, c’est l’urgence absolue. Et la première grande question sera clairement: comment créer un système de dissuasion collective qui puisse fonctionner tout en maintenant des canaux diplomatiques avec l’Iran afin justement d’éviter tout embrasement régional futur ?

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