Législatives en Israël: Netanyahou et l’art de trouver des boucs-émissaires pour survivre

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En pleine période de campagne électorale, à écouter Benjamin Netanyahou comme un métronome dans les médias depuis quelques temps, les responsables des malheurs d’Israël semblent toujours se trouver ailleurs. Il ne veut présenter qu’un bilan glorieux, celui d’un combattant et surtout d’un héros oeuvrant pour la sécurité d’Israël. Certes, les Israéliens ont le droit de vivre en sécurité, mais depuis trois ans, la réaction du gouvernement israélien a-t-elle produit ces fruits ? Netanyahou n’a de cesse, à quelques semaines des futures élections législatives, de répéter qu’il n’y est pour rien dans la situation tragique que traverse l’Etat hébreu depuis le 7 octobre 2023 et les terribles massacres commis par le Hamas. 

À Doha, à Téhéran, à Gaza, dans les chancelleries occidentales, chez les diplomates qui parlent encore d’un État palestinien, voire chez ceux qui osent interroger la stratégie suivie par son gouvernement depuis des années, tout le monde peut en prendre pour son grade selon la doctrine de Bibi. Tout le monde ou presque peut être convoqué sur le banc des accusés sauf lui qui brigue bien sûr un nouveau mandat car il n’a pas le choix : Netanyahou est inoxydable dans le chaos et la guerre. 

Dans une interview donnée à I24news, Netanyahou revient à la charge : sa dernière offensive contre le Qatar s’inscrit parfaitement dans cette mécanique récurrente. Doha serait devenu un État « hostile », complaisant avec le terrorisme, voire son financier. Étrangement, cela rappelle comme le perroquet les propos tenus régulièrement depuis des années par ses radicaux allié suprématistes, Itamar Ben Gvir, le ministre de la sécurité nationale, et Bezalel Smotrich, le ministre des Finances, accusant même Doha d’être responsable du 7 octobre. L’accusation n’est pas nouvelle. Elle rappelle furieusement celle qui avait servi à justifier, en juin 2017, le blocus imposé au Qatar par l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l’Égypte. À l’époque déjà, le petit émirat était accusé de tous les maux du Moyen-Orient. Le problème est que la réalité est beaucoup moins commode. Depuis les choses ont changé : les dernières déclarations de Ben Gvir et d’Israël Katz, le ministre de la défense, appelant à déplacer les Palestiniens de la bande de Gaza, ont été condamnées par huit pays arabes et islamiques dont le Qatar, l’Arabie Saoudite, la Jordanie, l’Egypte, la Turquie, l’Indonésie, le Pakistan, et même.. les Émirats arabes unis, le partenaire régional numéro 1 de l’Etat hébreu depuis 2020 et la signature des accords d’Abraham. 

Le Qatar parle à tout le monde

Depuis des années, Doha s’est spécialisé dans un rôle aussi ingrat qu’indispensable : parler avec les infréquentables. Cela ne signifie ni partager leurs idées ni soutenir leurs objectifs. Cela signifie conserver des canaux de communication lorsque tous les autres sont coupés.

C’est dans cette logique que les dirigeants politiques du Hamas ont longtemps été accueillis au Qatar, avec la connaissance et l’assentiment de Washington et celui de Tel Aviv. Non pour transformer Doha en capitale internationale du Hamas, mais précisément parce qu’il fallait bien pouvoir joindre ses dirigeants. Les Américains eux-mêmes ont régulièrement utilisé cette capacité qatarie de médiation.

Après le massacre du 7 octobre 2023, cette singularité est devenue particulièrement utile. Lors des différentes négociations sur les cessez-le-feu et la libération des otages israéliens, le Qatar, aux côtés de l’Égypte et des États-Unis, s’est retrouvé au centre du dispositif diplomatique. On peut critiquer Doha sur bien des sujets. Mais prétendre aujourd’hui que parler au Hamas équivalait à le soutenir revient à oublier commodément que ces mêmes contacts ont permis de négocier la libération d’otages israéliens. On se souvient pourtant aussi de l’époque ou Bibi demandait au premier Ministre qatari des excuses après la frappe contre Doha en septembre 2025, et ce depuis le bureau de la Maison Blanche sur insistance de… Donald Trump. Pendant ce temps, les plus radicaux du paysage politique israélien inversaient la vapeur en disant que l’inverse devrait se passer. C’est ce qu’on appelle pour le moins des signaux contradictoires. Un médiateur n’est pas fréquentable par définition. S’il ne discutait qu’avec ses amis, il ne servirait strictement à rien.

Le Hamas, cette vieille contradiction de Netanyahou

Il existe surtout une contradiction autrement plus embarrassante. Pendant des années, Benjamin Netanyahou a laissé prospérer un système qui contribuait à renforcer le Hamas à Gaza tout en affaiblissant l’Autorité palestinienne en Cisjordanie. Des fonds qataris à destination de l’administration de la bande ont ainsi pu entrer dans Gaza avec l’accord d’Israël.

La logique politique était connue : maintenir la division palestinienne. D’un côté, un Hamas maître de Gaza ; de l’autre, une Autorité palestinienne affaiblie. Tant que les Palestiniens demeuraient divisés entre deux pouvoirs rivaux, la perspective d’un interlocuteur palestinien unique et donc d’un véritable processus conduisant à deux États devenait toujours plus improbable.

Cette politique rejoignait parfaitement les intérêts d’une droite israélienne de plus en plus hostile à la création d’un État palestinien. Netanyahou a progressivement accompagné cette évolution tout en s’appuyant sur des partenaires de coalition situés à l’extrême droite, favorables à l’expansion des implantations en Cisjordanie et radicalement opposés à la solution à deux États.

C’est pourquoi faire aujourd’hui du Qatar le grand responsable de la puissance acquise par le Hamas relève d’une réécriture particulièrement commode de l’histoire. Doha a financé Gaza, certes. Mais ces transferts n’étaient pas organisés clandestinement derrière le dos d’Israël.

Le 7 octobre et la responsabilité impossible

Reste surtout le sujet que Benjamin Netanyahou ne peut éternellement contourner : le 7 octobre. Le massacre relève évidemment de la responsabilité du Hamas et de ceux qui l’ont préparé et exécuté. Mais la responsabilité politique de l’échec sécuritaire israélien est une autre question. Et celle-ci concerne nécessairement un homme qui dirigeait le gouvernement lorsque la pire attaque de l’histoire du pays s’est produite. Avant le 7 octobre, une partie importante des moyens militaires israéliens était mobilisée en Cisjordanie, dans un contexte de tensions croissantes entre Palestiniens et colons. Pendant ce temps, le système sécuritaire israélien considérait largement le Hamas comme contenu et dissuadé. Cette certitude s’est effondrée en quelques heures.

Netanyahou préfère depuis déplacer le débat vers la guerre elle-même. Il avait promis la destruction du Hamas. Trois ans plus tard, le mouvement a été considérablement affaibli mais n’a pas disparu. Il avait promis de restaurer durablement la sécurité d’Israël. Le Hezbollah a lui aussi subi des coups extrêmement lourds, sans que la question de la sécurité régionale soit définitivement réglée. Et l’accumulation des fronts n’a pas produit la stabilité promise. La guerre ne peut pourtant pas éternellement servir de réponse à la question de l’avant-guerre : comment le 7 octobre a-t-il été possible ?

À l’approche des élections, trouver des coupables

C’est ici que l’offensive contre le Qatar prend une dimension politique intérieure. À mesure que se rapproche l’échéance électorale israélienne, Netanyahou doit défendre son bilan et convaincre une nouvelle fois qu’il demeure l’unique garant possible de la sécurité du pays. C’est son terrain historique. À chaque crise, il revient à la même promesse : Israël serait entouré d’ennemis et seul un dirigeant expérimenté, inflexible et déterminé pourrait le protéger. Cette stratégie lui a permis de survivre à presque toutes les crises politiques.

Mais elle se heurte désormais à une contradiction majeure : Netanyahou demande aux Israéliens de lui renouveler leur confiance au nom de la sécurité alors que c’est sous son autorité que s’est produit le désastre sécuritaire du 7 octobre.

Il lui faut donc déplacer la focale. Accuser Doha. Accuser ceux qui réclament la reconnaissance d’un État palestinien. Accuser les médiateurs. Accuser les pressions internationales. Et surtout éviter que l’élection ne se transforme en référendum sur sa propre responsabilité. Le Qatar constitue dans cette stratégie un bouc émissaire idéal : riche, petit, influent, arabe, proche des États-Unis mais capable de parler à l’Iran, au Hamas ou aux talibans. Une ambiguïté diplomatique facile à caricaturer.

Après des années de pouvoir, après le renforcement de la colonisation, après l’alliance avec une extrême droite qui a contribué à enterrer politiquement la perspective des deux États, après une stratégie qui pensait pouvoir contenir le Hamas tout en affaiblissant l’Autorité palestinienne, et surtout après le 7 octobre, Benjamin Netanyahou ne pourra pas éternellement expliquer que l’histoire dont il fut l’un des principaux acteurs a toujours été écrite par les autres. Les prochaines élections israéliennes diront si les électeurs acceptent encore cette explication. Ou s’ils décident, cette fois, de demander des comptes à celui qui gouverne.

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